La nuit a été agitée. Le bateau s’est offert une petit danse non pas à la Petitpas mais à la Saint-Guy. Tout est resté dans des proportions relativement faibles comparées à ce que nous avons vécu il y a plus de dix ans dans les mêmes eaux. A cette époque nous étions quatre qui avions loué un voilier pour cette même traversée d’Athènes à Mykonos. C’était en octobre. Le vent d’ici, le Meltem, ne devait plus souffler mais hélas il était bien là, pour nous pourrir la vie. Force 6 à 7 du matin au soir. A ces niveaux, ce n’est plus de la plaisance mais du sport. Un hélicoptère de l’armée nous a même survolé pour nous demander si tout allait bien. L’arrivée à Miknos, port non abrité, ne fut pas sans souvenirs. Dix fois j’ai jeté l’ancre avec mes petits bras musclés et dix fois elle ne voulut point s’accrocher dans les sables du port. A bout de force et en désespoir de cause, nous nous sommes amarrés à une bite avant de nous sauver à l’hôtel (habituellement c’est l’inverse- mauvais jeu de phrase…). Le lendemain certaines amarres étaient rompues par le vent et repartir fut également un joli moment de bravoure.
Ce matin la mer est juste formée, je dirais à vue de pif entre 4 et 5. J’imagine que ce paquebot possède des stabilisateurs et donc pas de problème, nous voguons sur du velours. Le soleil montre le bout de ses rayons de temps à autre. Il va faire 22°C aujourd’hui contre 12°C à Budapest. On est bien, surtout après le cocktail du commandant. Ambiance feutrée, musique douce, flûtes et canapés à discrétion. La vie est douce, confortable et nonchalante.
Hier au soir nous avons terminé le dîner et la soirée avec un couple d’Américains. C’est leur première visite en vieille Europe. Il faut dire qu’ils travaillent dix heures par jour, 6 jours sur 7 ces étazuniens. Pas de RTT, pas de 35 heures, trois semaines de congés par an, retraite prévue au mieux à 65 ans… Ils compensent en picolant 3 bouteilles de vin par soirée. C’est, disent-ils, pour s’amuser. Ils n’ont pas 40 ans. Alors qu’ils décrivaient leur vie, j’eus tout à coup envie de retourner en France faire grève pour nos pauvres conditions de vie.
La croisière continue de s’amuser. Les restaurants ne désemplissent pas, les casinos brillent de mille feux, les jacuzzis sont maintenant fréquentés, les ascenseurs chauffent et les joggings affichent leurs marques comme autrefois Chanel, Lanvin ou St Laurent. Quelle misère! Julie est toujours magnifique dans ses robes introuvables sur les marchés et fait la joie de son mari encore ébahi par tant d’apparat après bientôt trente cinq ans de vie commune.
Demain en mer toute la journée…
Attention ton coeur gamin!!!
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